Courrier au ministre Monsieur Nicolas HULOT

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A l’attention de Monsieur HULOT

Ministre d’Etat,

Ministre de la Transition écologique et solidaire

NOS LARMES NE SUFFIRONT PAS A EVITER L’ASSECHEMENT DE NOS RIVIERES !

Tout le monde le sait, depuis un an les pluies se sont faites très rares, tellement rares,  que nous nous trouvons aujourd'hui en Charente-Maritime dans une situation hydrologique jamais vue depuis plus de 30 ans. Sur cette période, les débits des cours d’eau et les niveaux des nappes n’ont jamais été si bas.

La gestion de l'eau, le partage équilibré de la ressource, c'est un sujet, je pourrais dire un combat, que nous connaissons malheureusement trop bien dans notre département depuis les années 80. Nous, citoyens, pêcheurs, protecteurs des milieux aquatiques, nous n'aurons bientôt plus que nos yeux pour pleurer la mort annoncée de nos rivières, de la richesse des peuplements qu'elles abritent et de notre patrimoine aquatique que sont les poissons.

Pourtant, au-delà de l'éthique, il existe bien le principe de l’eau « bien commun » ou « res communis », élément vital qui doit être partagé comme le stipule l'article L 211- 1 du code de l'environnement. Cet article précise les priorités de la gestion équilibrée de la ressource en eau :

- Priorité n°1: la santé, la sécurité civile, l’alimentation en eau potable,

- Priorité n°2 : la vie biologique des milieux (faune piscicole et conchylicole),

- Priorité n°3 : la conservation et le libre écoulement des eaux,

- Priorité n°4 : l’agriculture, les pêches et les cultures marines.

Depuis trop longtemps, nous nous sommes habitués aux prises de décisions de l'Etat toujours en faveur de l'économie sacrifiant en toute conscience nos rivières et nos poissons.

Cela suffit, assez! Nous ne pouvons plus tolérer ce non-respect de la loi de la part de nos politiques.

Le 5 juillet a eu lieu, pour la 3ème fois depuis début juin, une cellule vigilance organisée par la préfecture. Ces réunions n'ont d'autre vocation que la gestion de crise à court terme lorsque nous sommes en situation critique, au pied du mur alors que nos cours d’eau sont déjà condamnés.

Malgré les pluies de la semaine dernière, qui nous ont donné un sursis de 15 jours, tous les voyants sont au rouge. La production d'eau potable va probablement être menacée cet été, les nappes sont au plus bas et les débits des cours d'eau sont en chute libre. Tous les indicateurs convergent et sont très inquiétants, mais ces éléments n'ont pas empêché la Préfecture de lever le 6 juillet au soir l'interdiction d'irriguer sur le bassin du Curé.

Il est attendu que nous franchissions très rapidement les seuils de crise avant la fin juillet sur l'ensemble des cours d'eau du département.

Cette année, nous mettons en péril les milieux aquatiques, nos rivières et leur biodiversité, nos poissons, comme presque tous les ans depuis 30 ans à la faveur des intérêts de la profession agricole. 500 à 800 km de cours d’eau asséchés, c’est la triste routine dans notre département. La nouveauté : des risques sont pris au détriment de la garantie de la production d'eau potable.

Cet été s'annonce exceptionnel, nous attendons des mesures à la hauteur de cette situation alarmante qui garantissent le respect de la loi.

  • N’est-il pas envisageable d’indemniser les agriculteurs dans une telle situation plutôt que de sacrifier notre patrimoine naturel et de mettre en danger l’alimentation en eau potable ?
  • N’est-il pas envisageable de repenser le modèle agricole de notre département ? Ne pouvons-nous pas nous orienter vers des cultures estivales moins gourmandes en eau que le maïs ? La Charente-Maritime est connue pour être en déséquilibre quantitatif, la ressource disponible y est inférieure aux besoins. Adaptons-les à la ressource ! Le changement des pratiques agricoles est l’affaire de tous les usagers de l’eau, de chacun d’entre nous. Aidons la profession agricole à évoluer vers une agriculture rentable, durable et économe en eau.

Les poissons n'ont qu'une faiblesse, ils ne crient pas, leur agonie va avoir lieu d'ici quelques semaines en silence… et dans l'indifférence générale.

Gilles BRICHET

Président de la Fédération de Charente-Maritime

pour la Pêche et la Protection du Milieu Aquatique